En Italie, Farsi Prossimo utilise l’art et la culture comme leviers d’insertion

Reportage

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women in a museum

Farsi Prossimo mène un projet pilote baptisé « Métissage », soutenu par la Fondation CHANEL

Comme d’autres pays du bassin méditerranéen, l’Italie est un refuge pour nombre de personnes contraintes de fuir leur pays. À Milan, où œuvre la coopérative sociale Farsi Prossimo pour l’inclusion des personnes les plus vulnérables, environ 6 000 réfugié-e-s et demandeur-e-s d’asile sont hébergés. Farsi Prossimo, en partenariat avec différents organismes publics, gère la prise en charge de ces publics fragiles : femmes victimes de la traite des êtres humains, réfugié-e-s, personnes gravement marginalisées, mineurs étrangers non accompagnés… Elle a notamment créé plusieurs centres d’accueil.

Depuis 2018, Farsi Prossimo mène un projet pilote baptisé « Métissage », soutenu par la Fondation CHANEL, utilisant une nouvelle approche basée sur l’intégration, l’accueil, le dialogue et la reconstruction de soi par l’art et la culture. À destination des femmes hébergées dans les centres d’accueil, le programme vise à développer leurs compétences sociales et interculturelles afin de leur redonner confiance en elles et de favoriser leur autonomie et leur intégration dans la société italienne.

L’art et le patrimoine comme supports pédagogiques

Le programme du projet “Métissage” est organisé en 3 modules. Le premier est composé de cours d’italiens pour développer et améliorer les compétences linguistiques de base des bénéficiaires. “Ces cours s’appuient sur une méthodologie ludique et communicative et sur un matériel à plusieurs niveaux, conçu et développé en fonction du groupe. De nombreuses femmes n’ont pas été scolarisées ni dans leur pays d’origine ni en Italie, tandis que d’autres ont un master ou d’autres diplômes de haut niveau”, précise Francesca, chargée de la coordination opérationnelle du programme et enseignante d’Italien seconde langue. Le défi : maintenir une dynamique de groupe et offrir à toutes l’opportunité d’apprendre en s’adaptant à leurs besoins spécifiques.

Pour le deuxième module, Farsi Prossimo organise des visites éducatives dans des lieux d’art, d’histoire et de citoyenneté. “Chaque visite est précédée d’un travail préparatoire en classe : nous présentons aux participantes le musée et les œuvres d’art ainsi qu’une brève biographie des artistes”, précise Francesca. Ces cours sont ainsi l’occasion d’acquérir un nouveau vocabulaire, d’établir un dialogue autour de la biographie des artistes et du parcours de vie des bénéficiaires. Ils permettent également d’étudier la zone de la ville où se trouve le musée qui fera l’objet de la visite et les moyens de transport pour s’y rendre. Puis, après les visites, le cheminement se poursuit en classe avec un travail collectif qui permet de souder le groupe en élaborant des petits guides des musées découverts, compilant les paroles des femmes et mettant en commun leur regard sur le monde. Ce module développe la connaissance du patrimoine artistique et culturel italien et la capacité des bénéficiaires à le raconter et à l’interpréter, tout en travaillant en groupe. “On suppose souvent que les femmes, malgré leurs différences, devraient se sentir bien ensemble dans la classe, mais c’est un processus qui demande du temps, de la compréhension et de l’implication”, ajoute Francesca.

Le troisième module est constitué d’ateliers d’art multisensoriel visant à développer les compétences sociales des bénéficiaires par le bien-être, tout en utilisant le vécu et les compétences de chacune. Ces cours s’appuient par exemple sur la pratique rituelle du henné, des traitements et des soins corporels naturels, un travail sur la communication non verbale et les émotions…

Mieux comprendre les bénéficiaires pour mieux leur enseigner

Le projet “Métissage”, suivi en petits groupes de 15 maximum, permet une approche individualisé nécessaire compte-tenu du parcours des bénéficiaires. Venues principalement du Nigeria, de la Somalie et dans une moindre mesure d’Érythrée, du Maroc et de la Côte d’Ivoire, les femmes accueillies par les centres d’accueil de Farsi Prossimo ont en effet le triste point commun d’avoir vécu, avec la migration, une expérience traumatisante aux lourdes conséquences psychologiques et physiques. “La plupart de ces femmes n’ont pas pu s’inscrire à un cours de langue classique car leurs modes d’apprentissage diffèrent de ceux d’autres étudiants. Elles ont besoin de trouver leur propre rythme d’apprentissage. Et avant cela, elles ont besoin de se sentir les bienvenues. Ces femmes ont vécu des voyages difficiles et elles méritent toute notre attention”, explique Francesca.

Pour s’adapter au mieux à leurs besoins spécifiques, l’équipe du projet Métissage travaille ainsi en relation étroite avec les travailleur-e-s sociaux référents qui suivent les bénéficiaires dans les centres d’accueil. “Il est très important de partager avec les éducatrices et éducateurs référents, pour plusieurs raisons : pour pouvoir donner aux femmes l’attention qu’elles méritent, compte tenu de leur fragilité, et surtout pour partager nos différentes perspectives professionnelles. Pour pouvoir « bien enseigner », nous avons besoin du point de vue des éducateurs et éducatrices qui vivent à leur contact et ont une vision globale de leur parcours”, précise Francesca.

Grâce à cette démarche innovante et à la collaboration entre les personnels encadrants, le projet pilote Métissage a permis jusqu’ici d’accompagner plus de 50 femmes pour les aider à se reconstruire et à appréhender une nouvelle culture tout en la mêlant à leur propre histoire. Des résultats très encourageants qui permettront sans doute de dupliquer le dispositif à de nouvelles structures d’accueil.

Camille C.
Reporter