In India,  CorStone  acts so that the most precarious girls can control their destiny 

Reportage

Description reportage

L’État rural du Bihar, en Inde, est l’un des plus pauvres du pays. Les filles et les femmes y rencontrent de nombreuses discriminations. Elles sont souvent mariées très jeunes : 82 % en milieu rural sont mariées avant l’âge de 18 ans et 68 % ont leur premier enfant avant cet âge. Dans le même temps, 45% des femmes ont déjà subi des violences physiques ou sexuelles. L’accès à l’éducation y est aussi inégalitaire : 76% des élèves, principalement les filles, quittent l’école au cours du cycle élémentaire. Certaines n’y sont même jamais allées, les parents les gardant à la maison pour aider aux travaux ménagers jusqu’à leur mariage à l’âge de 13 ou 14 ans.

En 2004, des pensionnats pour filles ont été créés par le gouvernement fédéral pour lutter contre les inégalités chez les filles issues de castes, tribus et minorités défavorisées ou de familles vivant sous le seuil de pauvreté. Aujourd’hui, 3 569 de ces écoles sont réparties dans 27 États à travers l’Inde. Baptisées Kasturba Gandhi Balika Vidyalaya, ou KGBV, ces écoles comptent 300 000 pensionnaires âgées de 12 à 16 ans environ. Parmi elles, beaucoup étaient auparavant déscolarisées et doivent commencer par apprendre à lire et à écrire.

Développer la résilience pour libérer le potentiel des jeunes filles

L’ONG CorStone œuvre dans différentes régions du monde pour les jeunes défavorisé.e.s, en particulier les adolescentes. Ses actions visent à développer leur capacité de résilience, autrement dit leur aptitude à trouver individuellement et collectivement les ressources nécessaires pour se construire malgré les difficultés et les circonstances défavorables auxquelles elles sont confronté.e.s 

Elle a créé en Inde le programme “Girls First”*. Après une phase pilote dans des bidonvilles en zones urbaines dès 2009 (dans les villes de Delhi et Surat), elle a décidé d’implanter le programme en zone rurale, dans l’État de Bihar, d’abord dans 70 écoles.

Concrètement, l’ONG forme des éducateurs et éducatrices de ces écoles – qu’elle appelle alors des “facilitateurs et facilitatrices” – pour qu’ils.elles animent des sessions hebdomadaires d’une heure, pendant 6 mois, avec les élèves. Il.elle.s travaillent sur la résilience personnelle, sociale et physique. “On est dans le champ de l’apprentissage émotionnel. Les “facilitateurs.trices” font d’abord travailler le groupe sur la dimension personnelle, comme la reconnaissance, l’expression et la gestion des émotions, ainsi que leurs forces. Puis au fil des séances, les jeunes filles abordent les relations interpersonnelles, l’écoute, comment s’appuyer sur le groupe pour trouver des solutions à des problèmes, comment résoudre les conflits… On développe aussi leurs connaissances en matière de santé et de droits. On traite ainsi les questions de nutrition, d’hygiène, de santé sexuelle et reproductive, d’égalité femme-homme…”, explique Gracy Andrew, Country Director de l’ONG en Inde.   

Une démarche de long terme

Une étude d’impact dans ces 70 premières écoles ayant démontré l’effet bénéfique du programme sur la santé mentale et physique des jeunes filles, leurs ressources sociales et émotionnelles, leur bien-être, la confiance en elles, leur attitude et leur capacité à défendre leurs droits à la santé et à l’éducation… CorStone a signé un accord en 2018 avec le gouvernement du Bihar pour développer le programme dans l’état. Elle a ainsi pu déployer le programme dans la moitié des 536 pensionnats KGBV du Bihar et devrait atteindre la totalité d’ici 2023., permettant de former 35 000 jeunes filles par an.

L’ONG ne se contente pas de former des éducateurs et des éducatrices, elle leur apprend également à devenir eux/elles-mêmes formateurs et formatrices, ou “master-trainers” : “un dispositif innovant dans le système éducatif du pays, qui peut véritablement aider au passage à l’échelle”, précise Gracy Andrew.  

L’objectif est ainsi d’ancrer la démarche localement, comme l’explique Steve Leventhal : “Notre but est de nous engager sur du long terme, de nous assurer que le programme peut être porté par les acteurs locaux, en l’occurrence le gouvernement du Bihar. Et puis on aimerait développer cela dans d’autres États en Inde, on sent d’ailleurs un intérêt de la part de l’État fédéral.”  

Notre objectif est le passage à l’échelle et l’institutionnalisation au sein du système éducatif du Bihar. Nous avons adopté une approche très méthodique, en documentant les résultats dans les domaines de la santé mentale et émotionnelle, de la santé physique, de l’éducation et même de la prévention du mariage précoce. Nous espérons bientôt étendre le programme Girls First aux KGBV dans d’autres états de l’Inde, en fournissant les compétences et le soutien nécessaires pour permettre à des milliers de filles marginalisées et à risque d’influer sur leur trajectoire de vie ». 

* “Les filles d’abord”